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À 25 ans, elles créent une ligne de cosmétiques pour des femmes malades du cancer

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© Simon LAMBERT pour l'Etudiant
C’est en voyant sa mère ne pas trouver les produits adéquats que Judith Lévy a l’idée de créer MÊME, une gamme de cosmétiques pour soulager des femmes souffrant d'un cancer. Récit d'une aventure dans laquelle elle s’est lancée en 2015 avec Juliette Couturier.

"Face à la maladie, le premier réflexe de ma mère a été d’acheter encore plus de cosmétiques, encore plus de fringues qu’avant. C’était une manière pour elle d’avoir l’air moins malade, d’être la plus normale possible", se souvient Judith Lévy, 26 ans, diplômée en design industriel de Strate, école de design.
La jeune femme réalise que les cosmétiques sont un moyen de garder le moral dans la lutte contre le cancer du sein. Sa mère souffre en outre du syndrome main-pied qui, en réaction aux chimiothérapies, attaque violemment les paumes et la plante des pieds. Face à cela, Judith constate que "les pharmacies étaient totalement démunies. Elles n’avaient aucun produit à lui proposer pour lutter contre ces effets secondaires". Germe alors l’idée de MÊME : créer une ligne de cosmétiques spécifiquement adaptée pour les femmes atteintes du cancer du sein.

Une triple incubation

Alors qu’elle termine un parcours d'études en cinq ans, en spécialité packaging, Judith développe donc un projet répondant à cette demande spécifique. À l’été 2014, diplôme en poche, elle part en stage chez L’Oréal, où elle rencontre Juliette Couturier. Tout juste sortie d’un double diplôme de Sciences po et HEC, la jeune femme a aussi été touchée de près par le cancer. "Elle avait l’esprit plus entrepreneur que moi, raconte Judith. Et elle a très vite été séduite par le projet. Pendant nos six mois de stage, nous nous retrouvions donc le soir pour avancer sur MÊME."

Fin décembre 2014, les deux femmes refusent chacune une offre de CDI (contrat à durée indéterminée). Elles préfèrent se lancer définitivement dans l’aventure MÊME, nommée ainsi car : "même malade, je m’aime, on m’aime !". "Nous avons intégré l’incubateur de HEC, puis celui de Sciences po. Chacun nous a apporté des compétences particulières, des contacts utiles et, à Sciences po, nous avons trouvé des bureaux", décrit Juliette, 26 ans. "Discuter avec les autres fondateurs de start-up et les responsables d’incubateurs nous permettait de prendre du recul et d’organiser nos actions." Elles rejoignent également Cancer Campus, l’incubateur de l’Institut Gustave-Roussy, premier centre de cancérologie européen, qui leur apporte le soutien scientifique dont elles ont besoin.

Des produits hautement contrôlés

Car les fondatrices de MÊME sont exigeantes : "Nous tenions à ce que nos produits soient développés en France et à ce que leur formule ne contienne aucun produit nocif, aucun perturbateur endocrinien comme on peut encore en trouver dans les cosmétiques grand public, notamment", explique Juliette. "Au lieu des trois mois prévus, nous en avons donc mis dix à les développer. Au fil du processus, nous les avons fait tester par les femmes de notre communauté." Dès septembre 2015, les entrepreneuses ont effectivement fédéré des femmes concernées autour de leur blog. Elles y partagent conseils et astuces récoltés au cours de leurs entretiens avec médecins, socio-esthéticiennes et autres spécialistes du cancer du sein.

Des produits de santé aux produits de beauté

Il ne restait plus à Judith et Juliette qu'à réaliser une étude clinique avant de commercialiser leurs produits. "C’est notamment pour nous aider à la financer que nous avons organisé notre première levée de fonds fin 2015", indique Judith. Ainsi, les entrepreneuses ont pu recruter deux personnes en CDI et trois stagiaires. 

Début 2017, les fondatrices de MÊME lancent leurs sept premiers produits. Parmi ceux-ci, un soin pour le cuir chevelu, et des gants et chaussons déjà imprégnés d’une crème pour les femmes souffrant du syndrome main-pied. "Notre projet est fondé sur la conviction que la féminité est aussi un moyen de combattre la maladie. En rendant la personne plus forte psychologiquement, on lui permet de lutter avec d’autant plus d’énergie", déclare Judith. Raison pour laquelle elles souhaitent bientôt élargir leur gamme à des vernis à ongles et du maquillage adaptés. "Les produits de santé étaient la priorité. Mais ce sur quoi nous voulons mettre l’accent, c’est précisément une routine beauté."

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ETUD

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