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Les 20 ans de Frédéric Mazzella

Frédéric Mazzella
Dirigeant de Blablacar
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BlaBlaCar CEO Frederic Mazzella
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Arrivé à Paris l’année de sa terminale, le futur créateur de BlaBlaCar y pratique le piano et passe son bac S. Bon élève, il intègre Normale sup, puis part à Stanford étudier l’informatique. Il en revient avec une certitude : il lancera sa propre entreprise.
Quel souvenir gardez-vous de vos années lycée ?

Jusqu'en première, j'étais scolarisé au lycée François-Rabelais de Fontenay-le-Comte, en Vendée. Je faisais beaucoup de musique : piano, violon, guitare, de la batterie aussi. En terminale, j'ai quitté le foyer familial pour le lycée Racine à Paris et sa classe à horaires aménagés. À cette époque, je jouais du piano, quatre à cinq heures par jour. Autant dire que mes années lycée étaient plutôt studieuses.

Quel genre d'élève étiez-vous ?

Du genre bon élève dissipé. Je travaillais un peu et je réussissais très bien. J'aimais l'école, mais j'avais beaucoup de mal à rester en place, assis, passif, à écouter le professeur. Je bavardais et je faisais le pitre pour amuser la galerie, ce qui m'a valu d'être régulièrement mis à la porte !

Vos parents étaient-ils attentifs concernant votre scolarité ?

Je fais partie d'une famille d'enseignants. Mon père était professeur de maths, ma mère, de français et de philosophie. Quant à ma grand-mère, elle était institutrice. L'école était donc prise très au sérieux à la maison. Les notes aussi, il fallait qu'elles soient bonnes !

Votre goût de la musique vous vient de votre mère, qui était violoncelliste. Que vous a apporté la pratique à haut niveau d'un instrument de musique ?

La musique, c'est l'école de la rigueur et de l'exigence. Il faut beaucoup travailler pour que ce soit vraiment beau. Vous ne pouvez pas faire semblant, ou à moitié, cela s'entend immédiatement ! La pratique du piano m'a permis de prendre très tôt conscience que sans travail et sans effort on n'obtient rien.

Pourquoi ne pas avoir choisi une carrière de musicien ?

J'y ai pensé. C'est d'ailleurs pour cela que je suis venu à Paris. Mais, en terminale, j'aimais aussi beaucoup les maths, un héritage de mon père, cette fois. Je me suis dit que si je voulais continuer dans cette voie, c'était maintenant. Alors que, pour la musique, il me semblait que je pourrais y revenir plus tard. Je n'exclus d'ailleurs toujours pas cette éventualité.

Vous avez suivi un parcours d'études plutôt classique : bac S mention bien, classe prépa, puis Normale sup... Était-ce votre choix ?

Comme je n'avais pas d'idée précise de ce que je voulais faire, j'ai opté pour une prépa scientifique, encouragé par mon père. Cela me permettait de faire des maths à haute dose tout en ne me fermant aucune porte. J'avais également envie de beaucoup travailler.

Gardez-vous de bons souvenirs de la prépa ?

Mon arrivée en maths sup au lycée parisien Henri-IV a été un choc. Alors que jusqu'alors tout me paraissait plutôt simple, j'ai brutalement pris conscience qu'ici les choses allaient se compliquer. Dès le premier cours, notre professeur de physique nous annonçait la couleur : "Au lycée, vous étiez les premiers de votre classe. À partir de maintenant, il y aura un premier et un quarante-sixième." Sur le coup, cela m'a fait rire, jusqu'à ce qu'il me rende ma première copie. J'avais 2,5 sur 20 ! Au lieu de me décourager, la difficulté m'a stimulé. Les cours étaient denses et très intéressants. En classe, je buvais littéralement les paroles des professeurs. Entre étudiants, il y avait beaucoup d'émulation et d'entraide. Bref, je garde un très bon souvenir de ces années. Et à mon grand étonnement, alors qu'il y a très peu de places au concours (23 seulement en physique !), j'ai intégré Normale sup

Après votre master de physique, vous partez aux États-Unis, à Stanford. C'était dans un but précis ?

Pour savoir bien parler anglais, et puis on était en 1999, c'était encore les débuts de l'Internet. On parlait beaucoup de la Californie. J'ai donc voulu voir directement sur place ce qu'il en était réellement. J'ai intégré l'université de Stanford, aux États-Unis. Et là, ce fut une révélation, je me suis pris de passion pour l'informatique. Au cours de mes études, j'ai eu l'occasion de travailler pour la NASA sur un programme de chirurgie virtuelle.

Quand avez-vous su que vous vouliez devenir entrepreneur ?

Lorsque j'étais à Stanford. Il faut dire que, là-bas, créer sa boîte n'a rien d'exceptionnel. L'idée de monter un site de covoiturage m'est venue un soir de Noël, alors que je voulais rejoindre mes parents en Vendée et que tous les trains étaient complets. J'ai cherché quelqu'un pour partager le trajet avec moi. En vain. On était en 2003. Il a fallu trois ans, dont une année passée sur les bancs de l'INSEAD (Institut européen d'administration des affaires, à Fontainebleau, NDLR), en 2006, avant que BlaBlaCar ne puisse voir le jour.

Faut-il faire une école pour se lancer dans l'entrepreneuriat ?

Je pense que ce n'est pas absolument nécessaire. La preuve, de nombreux entrepreneurs, parmi les plus talentueux, créent leur entreprise sans passer par la case formation. Mais, moi, je ne me sentais pas assez armé pour franchir ce cap. Je n'avais aucune connaissance en business. De façon générale, j'accorde une grande importance à l'éducation. Je ne me voyais pas me lancer dans quelque chose, a fortiori l'entrepreneuriat, sans y avoir été préalablement formé.

Et vos parents, vous ont-ils soutenu au moment du lancement de BlaBlaCar ?

Cela m'amuse de les imaginer se disant que j'avais tout pour réussir : j'avais fréquenté les meilleures écoles, décroché de solides diplômes. Et, alors que je pouvais occuper un emploi salarié bien rémunéré, je faisais le choix de monter un site Web auquel personne ne croyait. Il faut dire qu'entre les 70.000 € de frais de scolarité de l'INSEAD, qu'il m'a fallu emprunter, et les trois premières années que j'ai passées à travailler comme un acharné sans me verser de salaire, mes parents pouvaient être inquiets. Un jour, ma mère m'a dit qu'elle avait gardé ma chambre au cas où... Mais ils m'ont toujours soutenu. Je crois, aujourd'hui, qu'ils sont fiers de moi !

Vous étiez certain que votre entreprise finirait par décoller ?

Je me disais que si un site de covoiturage, comme le mien, existait, je l'utiliserais. D'ailleurs, au commencement de BlaBlaCar, quand cela s'appelait encore covoiturage.fr, à chaque fois que j'y avais recours, je voyais bien que les gens étaient satisfaits, qu'il y avait un marché. Ce n'était pas possible que ça ne finisse pas par fonctionner.

Et si c'était à refaire ?

Je ferais la même chose. À commencer par venir à Paris pour ma terminale. Je pense aussi que je suis allé à Stanford au bon moment... Je regrette simplement qu'au cours de mon parcours scolaire on ne m'ait jamais parlé de l'entrepreneuriat comme d'une véritable possibilité d'orientation.

Quels conseils donneriez-vous à des jeunes qui veulent se lancer dans la création d'entreprise ?

Il faut qu'ils croient à leur produit, qu'ils l'aiment et qu'ils l'utilisent. Le parcours entrepreneurial est difficile, il faut être passionné et accepter de mettre les mains dans le cambouis. Contrairement à une idée largement répandue, la valeur ajoutée de l'entrepreneur réside avant tout dans sa capacité à régler des problèmes. Je conseillerais également à ces jeunes de ne pas hésiter à partir hors de France. Histoire de prendre de la hauteur et d'ouvrir de nouvelles perspectives.

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Auteur
PF ETUD
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